Maureen Robin
- Résidence mer calme #3
Arctic Lab
Cette résidence m’a permis de faire évoluer ma pratique vers une forme plus performative et sensible du paysage. J’ai expérimenté la photographie et l’installation textile dans des environnements extrêmes, où la lumière, le vent et la mer sont devenus de véritables partenaires de création. Ces conditions m’ont amenée à développer une approche du studio en extérieur : transporter mes tissus, composer avec la météo, improviser selon la lumière du moment.
J’ai aussi commencé à réfléchir à la circulation de la matière : les tissus utilisés dans le paysage seront transformés en costumes de scène, prolongeant ce dialogue entre le corps et le territoire. Cette résidence a donc ouvert un nouveau champ d’expérimentation, à la frontière entre arts visuels, performance et costume.
Plusieurs rencontres ont marqué ce séjour. J’ai rencontré l’équipe d’ArtsIcand à Isafjordur, notamment une autre artiste plasticienne en résidence qui travaille également sur la géologie. Nos discussions ont nourri une réflexion commune sur la manière dont le paysage se raconte à travers la matière.
J’ai aussi rencontré l’équipe de l’Alliance Française de Reykjavik, lors du vernissage où plusieurs géologues islandais sont venus découvrir mon travail. Ces échanges ont été très stimulants : parler de strates, de lave, de temps géologique avec des scientifiques a ouvert un autre regard sur mes propres gestes artistiques.
Enfin, j’ai animé un workshop à Ísafjörður avec des enfants, autour de la couleur, de la texture et du paysage. C’était un moment simple mais fort, une manière de partager ma pratique autrement et d’ouvrir le geste artistique à la transmission.
Mes installations in situ, en revanche, étaient réalisées dans des zones très isolées, invisibles pour le public, une expérience de solitude créative où le paysage était à la fois spectateur et collaborateur.
Je pense que ma présence a éveillé une curiosité, notamment parce que ma démarche mêle textile, photographie et géologie, trois champs rarement réunis. Le contraste entre la douceur du tissu et la rudesse des reliefs a suscité de nombreux échanges, en particulier lors du vernissage à Reykjavik.
J’aimerais maintenir un lien avec l’Artic LAb, ArtsIcland et l’Alliance Française, qui ont accueilli mon travail avec beaucoup d’attention. Mon souhait serait de revenir avec la suite du projet : les costumes réalisés à partir des tissus, pour les activer dans une performance en extérieur. Ce serait une manière poétique de boucler le cycle du tissu brut suspendu dans la roche à la danse en mouvement sur ces mêmes roches.
Oui, sans aucun doute. Créer sur un trimaran, au rythme du vent, des marées et des changements de lumière, m’a transformée dans ma manière de travailler. Cela m’a appris à composer avec l’instabilité, à faire confiance aux éléments et à intégrer le hasard dans le processus créatif.
Le rapport au temps a aussi changé : tout devient plus lent, plus attentif. On apprend à observer, à écouter, à attendre la bonne lumière, le bon souffle du vent.
Cette expérience a ancré en moi le désir de poursuivre cette écoute du monde naturel et de prolonger le lien entre le corps, le paysage et la matière.
Oui, la durée était courte mais suffisante pour amorcer un travail dense et concentré. Le rythme du voyage en trimaran imposait une temporalité particulière, faite d’attente, d’observation et d’improvisation. Chaque journée offrait une lumière différente, un paysage transformé, et cela nourrissait directement ma pratique.
La période était idéale : la météo changeante, la lumière vive et rasante, les contrastes de couleurs dans les Fjords de l’Ouest correspondaient parfaitement à mes recherches visuelles et sensorielles. Cela a donné à ce travail une intensité particulière.
Honnêtement, très peu. Le cadre était idéal tel qu’il était. Les contraintes matérielles, le manque d’espace, le peu d’affaires qu’on peut emporter sur un trimaran faisaient partie intégrante de l’expérience. Au contraire, ces limites m’ont poussée à faire des choix plastiques forts, à aller à l’essentiel, et à réfléchir différemment à mes matériaux. C’est aussi ce dépouillement qui donne toute sa force à cette résidence.
Résidence soutenue par la Région Bretagne dans le cadre du dispositif Aide à l’accompagnement des jeunes artistes pasticien.nes en Bretagne.
Voir l'exposition Karregioù – Grjót : récits géologiques à l’Alliance française de Reykjavík