Les résident·es
Les escales
Qui sommes-nous
Contextes Les résident·es Les escales Qui sommes-nous

Thomas Auriol

1987, France

Résidence transat #5
Résidence en solitaire de recherches et de rencontres, de l’autre côté de l’Atlantique.

SEPTEMBRE 2025
Saint-Pierre et Miquelon

Éclairage homogène, paysage sans ombres. Je comprends les maisons de couleurs vives, pas d’hésitation sur la saturation pour émerger du gris. La visibilité est réduite mais je connais la direction du vent. Quand je ressens tout son souffle je suis du côté ouest de la colline et plus il est intense, plus je sais que je m’élève. Je cherche le plus bas chemin pour sortir du nuage et voir un peu plus loin. Dans ces conditions je n’ai pas emporté mon carnet, je prends ces notes sur mon portable. Il bascule du réseau français au canadien. Du haut de mon mètre soixante-dix neuf je suis souvent au dessus de la canopée. Pins, fougères, sosie du noisetier… Lorsque le sentier monte la végétation rase pierres, mousse et compose un patchwork de verts et de gris. Je crois que c’étaient les paysages que mon âme voulait voir. Le chemin se termine, je fais face à Langlade. L’île est bien indiquée sur la carte mais je ne la distingue pas au travers de la brume. Quel est le nom des zones grises non explorées dans les jeux vidéos ?


Chien dans la benne du pick-up, heureux oreilles au vent. Je note le petit nom des véhicules. Avalanche, Tundra, Tacoma, Sierra, Canyon, Silverado. Je ne me suis toujours pas habitué à ces engins massifs qui me rappellent - qu’il faut pouvoir transporter des machines, du gibier, tracter des bateaux - que les terres les plus proches sont Terre Neuve et que les hivers peuvent être coriaces.


Me laisser dériver en lançant de petits filets de conversation. Je me demande comment les secrets sont gardés sur l’île ? Est-ce que tout fini par se savoir dans un village de six cent habitants ?


Les pêcheurs sont habillés en chasseurs.


Dans la falaise en direction du cap du nid à l’aigle il y aurait une grotte creusée par un homme qui cherchait un trésor. Didier me raconte ça depuis la Charmeuse, sa barque de pêche.


J’ai trouvé l’unique pommier de l’île. Il a fallu que je me rapproche d’une tâche de végétation au cœur d’une grave. J’ai reconnu les feuilles. Il m’arrive à la taille mais son tronc est dissimulé, inaccessible sous la multitude de branches qui rayonnent tout autour. Les six pommes aperçues sont en suspension à quelques centimètres des pierres.



Thomas Auriol

Résidence soutenue par la Mission aux Affaires Culturelles (MAC SPM) Ministère de la Culture - Préfecture de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Remerciements à Rosiane de Lizarraga pour la MAC, à l’association Sauvergarde du Patrimoine de l’Archipel, à Valérie et Philippe Detcheverry pour leur accueil, à Ann Stouvenel et Marcel Dinahet pour leur accompagnement.